Les montagnes hallucinées surprend car cette nouvelle
tranche sur le monde habituel de Lovecraft. Ici pas de récit intimiste ou
l’horreur s’insinue progressivement au fur et à mesure que l’histoire
progresse. Exit les forêts de Nouvelle Angleterre, les villes aux demeures au
toit en croupe chères à l’auteur. Ici il est question de dépaysement et de
« grosse cavalerie ». Une importante expédition scientifique
organisée par l’université de Miskatonic se rend en Antarctique. Les bateaux,
l’Arkham et le Miskatonic transportent des dizaines de personnes, de
l’équipement lourd (plusieurs avions) et le contact radio est constant avec la
Nouvelle Angleterre. Au delà de l’Erebus et du Terror, un plateau titanesque,
pouvant faire songer à Caspak de Edgar Rice Burroughs, attend l’expédition…
Ruines incroyablement anciennes, créatures maléfiques en stase depuis des temps
immémoriaux, cavernes gigantesques, rien ne sera épargné à l’expédition. Il est
à noter que l’adaptation cinématographique est en cours avec Guillermo del
Torro à la réalisation et Steven Spielberg à la production.
Tout comme la nouvelle précédente Dans l’abîme du temps fait
la part belle à la science-fiction puisqu’il y est question de transfert
d’esprit entre les humains et des créatures ayant vécu sur Terre il y a des
dizaines de millions d’années mais aussi de créatures insectoïdes vivant,
elles, à la fin des temps. La aussi, à l’instar de la nouvelle précédente un
des lieux clés s’avère être une cité en ruine, (souterraine et en Australie
cette fois-ci). Les souterrains de la ville abandonnée s’avèrent néanmoins
beaucoup plus oppressants que ceux de la nouvelle précédente puisqu’ici aucune
créature moderne ne les arpente. Le narrateur est seul dans ces catacombes. Des
créatures sans âge hantent ces abimes, créatures autrefois soumises à la
vigilance de gardiens depuis longtemps disparus.
Lovecraft se sentait-il pris dans un carcan, usant toujours
des mêmes scenarii pour ses nouvelles et cherchait-il à explorer d’autres voies
en réorientant son œuvre vers la SF ? En donnant un aspect plus
« science-fiction » à ses créatures originellement de pure dark
fantasy, souhaitait-il leur donner un aspect « plus moderne » au vu
des innovations technologiques de l’époque et du succès grandissant du genre.
Le fait est qu’après la mort de Lovecraft deux courants se sont bien partagés
le mythe : les continuateurs de l’œuvre dans le respect formel du mythe
originel et ceux qui lui ont donné un aspect de pure SF, agrémenté d’heroic
Fantasy, tel Brian Lumley.
(Article initialement publié sur de terres et de mots... le
14 novembre 2010)
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