lundi 19 mars 2012

Je m'en vais (Jean Echenoz)


Prix Goncourt 1999, Je m’en vais, roman de Jean Echenoz, relate les pérégrinations de Félix Ferrer, propriétaire d’une galerie d’art parisienne et grand amateur de belles femmes. Abordant la cinquantaine avec des problèmes cardiaques, celui-ci décide de changer radicalement de vie en quittant sa femme, Suzanne pour sa maîtresse, Laurence. Six mois plus tard nous le retrouvons en partance pour le grand Nord. Son but : partir à la chasse au trésor. Le trésor en question s’avérant consister en une cargaison d’objets d’art Inuit moisissant depuis le milieu du XXème siècle dans la cale d’un bateau échoué non loin de Port Radium, le Nechilik. Cette quête visant essentiellement à renflouer sa galerie, battant sérieusement de l’aile, semble n’avoir qu’un but purement lucratif mais le frisson de l’aventure n’y est-il pas également pour quelque chose ? Passons cependant sur les détails de l’expédition qui n’offre pas d’épisodes à la Indiana Jones comme l’on pourrait s’y attendre. Celle-ci se voit donc couronnée de succès ; Ferrer rentre à Paris avec la cargaison en prenant toutefois quelques libertés avec les règlements douaniers. Les objets estimés par un expert représentent une véritable fortune. Les tourments de Ferrer semblent donc bel et bien terminés, cependant, à l’encontre de l’avis de l’expert qui lui conseille fortement de souscrire une assurance et de placer les objets dans un coffre, Ferrer stocke les artefacts dans son atelier…
En partie roman policier, en partie quête initiatique, Je m’en vais, par la voie du narrateur, fait une utilisation importante du présent, semblant ainsi renforcer la dynamique du récit. Parler de roman initiatique à propos de Je m’en vais serait peut-être un tantinet exagéré pourtant ce récit est bien celui d’un homme, Ferrer, qui ose rompre avec ses habitudes et quitter son univers douillet pour partir à l’aventure en quête d’une vie nouvelle. L’auteur, à mon humble avis, ne met pas assez en avant les doutes qui ne manquent sûrement pas de se présenter à Ferrer à moins que ceux-ci ne se manifestent durant la période que l’auteur a placé entre le moment ou Ferrer quitte son épouse et l’arrivée à l‘aéroport, épisode traité en ellipse narrative.
Le roman, qui nous fait pénétrer les arcanes du marché de l’art, nous permet également d’aborder sans toutefois l’approfondir le thème de la crise de la cinquantaine chez l’homme qui est une période charnière, importante, que certains, plus jeunes, ne comprennent peut-être pas (encore), ou l’on se remet réellement en question.
(Article initialement publié sur de terres et de mots... le 13 août 2010)

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