Prix Goncourt 1999, Je m’en vais, roman de Jean Echenoz,
relate les pérégrinations de Félix Ferrer, propriétaire d’une galerie d’art
parisienne et grand amateur de belles femmes. Abordant la cinquantaine avec des
problèmes cardiaques, celui-ci décide de changer radicalement de vie en
quittant sa femme, Suzanne pour sa maîtresse, Laurence. Six mois plus tard nous
le retrouvons en partance pour le grand Nord. Son but : partir à la chasse
au trésor. Le trésor en question s’avérant consister en une cargaison d’objets
d’art Inuit moisissant depuis le milieu du XXème siècle dans la cale d’un
bateau échoué non loin de Port Radium, le Nechilik. Cette quête visant
essentiellement à renflouer sa galerie, battant sérieusement de l’aile, semble
n’avoir qu’un but purement lucratif mais le frisson de l’aventure n’y est-il
pas également pour quelque chose ? Passons cependant sur les détails de
l’expédition qui n’offre pas d’épisodes à la Indiana Jones comme l’on pourrait
s’y attendre. Celle-ci se voit donc couronnée de succès ; Ferrer rentre à
Paris avec la cargaison en prenant toutefois quelques libertés avec les
règlements douaniers. Les objets estimés par un expert représentent une
véritable fortune. Les tourments de Ferrer semblent donc bel et bien terminés,
cependant, à l’encontre de l’avis de l’expert qui lui conseille fortement de
souscrire une assurance et de placer les objets dans un coffre, Ferrer stocke
les artefacts dans son atelier…
En partie roman policier, en partie quête initiatique, Je
m’en vais, par la voie du narrateur, fait une utilisation importante du
présent, semblant ainsi renforcer la dynamique du récit. Parler de roman
initiatique à propos de Je m’en vais serait peut-être un tantinet exagéré
pourtant ce récit est bien celui d’un homme, Ferrer, qui ose rompre avec ses
habitudes et quitter son univers douillet pour partir à l’aventure en quête
d’une vie nouvelle. L’auteur, à mon humble avis, ne met pas assez en avant les
doutes qui ne manquent sûrement pas de se présenter à Ferrer à moins que
ceux-ci ne se manifestent durant la période que l’auteur a placé entre le
moment ou Ferrer quitte son épouse et l’arrivée à l‘aéroport, épisode traité en
ellipse narrative.
Le roman, qui nous fait pénétrer les arcanes du marché de
l’art, nous permet également d’aborder sans toutefois l’approfondir le thème de
la crise de la cinquantaine chez l’homme qui est une période charnière,
importante, que certains, plus jeunes, ne comprennent peut-être pas (encore),
ou l’on se remet réellement en question.
(Article initialement publié sur de terres et de mots... le
13 août 2010)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire