lundi 19 mars 2012

Les Ames grises (Philippe Claudel)


La première guerre mondiale dans l’est de la France. C’est dans ce contexte lugubre à souhait qu’évoluent les personnages de Philippe Claudel dans son roman Les âmes grises. Tout commence par la découverte, un jour glacial  de décembre 1917, du petit corps de Belle de jour, fillette d’une dizaine d’années. Le meurtre de Belle, fille du restaurateur local, va être l’occasion pour Philippe Claudel de brosser un tableau sans concession de cette société provinciale, de ce microcosme composé de personnages aux personnalités diverses et tranchées. L’auteur nous fait découvrir des personnages plus ou moins ambigus pour lesquels l’on ne sait si l’on doit éprouver du rejet ou de la sympathie.
Pour ce faire, usant d’une technique de narration non linéaire, alternant flashbacks de situations situées tant avant qu’après la scène initiale, l’auteur, par le biais du narrateur, analyse ces personnalités, ces âmes dont aucune n’est entièrement blanche ou noire mais bel et bien tout en nuances de gris.
La guerre, omniprésente en arrière plan dans l’intégralité du roman aura implicitement des effets destructeurs et pervers sur tous les personnages. Aucun protagoniste ne pourra s’y soustraire, tant les personnages jugés de prime abord antipathiques que ceux plus sympathiques auxquels l’on peut s’identifier.
Cette étude de caractères en milieu clos (on gravite toujours autours de V.) recèle bien des surprises. Les personnages ne sont pas ceux auxquels on s’attend et les rebondissements y sont nombreux. La question est posée : comment réagirions-nous en de telles situations ? L'homme est finalement une créature fragile et complexe. Avec Les Âmes Grises, Philippe Claudel  appréhende particulièrement bien la nature humaine et se montre  définitivement un grand conteur.
(Article initialement publié sur de terres et de mots... le 25 juillet 2010)

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