Argelouse, c’est dans ce lieu situé tout à la fois au bord
et en dehors du Monde, isolé de tout, que Mauriac situe une grande partie de
son roman, Thérèse Desqueyroux.
Accusée d’avoir voulu empoisonner son mari Bernard, Thérèse
se trouve acquittée grâce à un non lieu. Pourquoi ? Parce que les
Desqueyroux, famille de petite bourgeoisie provinciale, très en vue dans cette
région des Landes, veulent à tout prix éviter le scandale. Celui-ci ne
doit pas retomber sur la famille et la petite Marie, fille du couple, doit
absolument en être préservée. Épargnée par la justice officielle, Thérèse ne le
sera pas par son mari et sa belle-famille. Ceux-ci vont, pour sauvegarder les
apparences et leurs intérêts, l’assigner à réclusion, limitant ses sorties en
public à la seule messe dominicale ou elle se rendra accompagnée de Bernard.
Isolée de sa fille, sans aucune possibilité de distraction
hormis quelques rares promenades au milieu des pins qui sont la richesse de la
région, sevrée de cette nicotine dont elle abusait et qui était une de ses
rares échappatoires, Thérèse va vite tomber dans un état d’abattement, de
prostration. Bernard, le mari, est donc confronté à un dilemme : ne rien
faire et laisser Thérèse mourir ou bien lui rendre sa liberté et ne plus avoir
prise sur elle. Quel choix va-t-il faire ?
Récit constitué d’une première partie dans laquelle Thérèse
se livre à une réflexion sur ce qui l’a amené à son geste et d’une seconde,
narrant son isolement qui l’amènera finalement à la dépression, Thérèse
Desqueyroux est une étude de caractères qui présente Thérèse sous un jour
finalement plutôt sympathique, faisant d’elle le personnage auquel l’on
s’identifiera volontiers tandis que le mari, volontiers dépeint de manière
presque caricaturale est présenté sous ses aspects les plus négatifs.
Un très bon roman, bien sur, avec une première partie
peut-être un peu longue et fastidieuse (à mon goût) mais qui, en deuxième
partie, devient franchement intéressant.
(Article initialement publié sur de terres et de mots... le
31 juillet 2010)
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